Le Grand Public n°20 – Fiction à deux sesterces ?

[Article destiné à être publié sur le web-journal Le Grand Public dans le dossier n°20 Archéologie en février 2013]

Si une discipline scientifique ne manque pas de visibilité sur le grand écran, c’est bien l’archéologie ! L’archéologue aventurier n’est qu’un archétype social mais cette figure de proue dans l’imaginaire populaire, véhiculée par le 7e art, pourrait bien servir la recherche.

En 1936, sur le site de Tanis en Egypte, les agents du IIIe Reich localisent ce qui pourrait être l’Arche d’Alliance contenant les Tables de la Loi. Un archéologue au chapeau de cuir et lasso fixé à sa ceinture, tente d’éviter que cette source de pouvoir ne tombe entre les mains d’Hitler. Ainsi, le film d’aventure Indiana Jones et les Aventuriers de l’arche perdue, est l’un des multiples exemples de la forte présence de l’archéologie dans l’imaginaire contemporain. Dès lors, le lasso et le chapeau de cuir seront considérés comme les accessoires incontournables de l’archéologue.

Le succès populaire de cette discipline scientifique auprès du grand public n’est pas sans rapport avec le cinéma. Comme l’indique Céline Schall en 2010 dans sa thèse de doctorat La médiation de l’archéologie à la télévision : la construction d’une relation au passé, cela « transparaît dans la diversité des productions médiatiques autour de l’archéologie ». Comme elle le note, sa thèse vise cependant à combler un manque de recherches sur l’impact du cinéma et de la télévision sur la représentation populaire de l’archéologie. L’auteur s’appuie également sur plusieurs travaux, comme ceux de Jean-Marie Pesez (1997) ou Olivier Donnat (1998). Ces derniers relèvent, sur la base de la hausse de fréquentation des musées, un intérêt croissant du public pour cette science.

Le cinéma véhicule une image erronée

L’imaginaire véhiculé par le 7ème art sur ce domaine est, selon Céline Schall vu d’un mauvais œil par les archéologues. Pour eux « la communication de l’archéologie serait trop hâtive, trop schématique et pas assez valorisante ». Elle diffuserait trop de représentations erronées de leur activité. La momie, Stargate, Allan Quatermain et autres Lara Croft sont ainsi trop spectaculaires et « jouent sur le sensationnalisme, et relèvent plus de clichés que d’informations ». L’auteur de la thèse précise ensuite que « les publics associent l’archéologie au rêve, à l’aventure et au mystère, mais ils savent aussi distinguer ce qui relève de l’imaginaire et ce qui relève de la fiction ». Les publics ont ainsi conscience que l’image que le cinéma leur donne de l’archéologue est avant tout un archétype social sans égal chez les scientifiques.

Les archéologues utilisent cette image pour communiquer avec le public.

Dans sa thèse, Céline Schall pointe que « les archéologues ont bien compris l’intérêt de jouer sur cet imaginaire. Cela permet notamment de recueillir plus de fonds pour la recherche ou les campagnes de fouilles ». Cela rejoint ainsi l’avis de Bernard Schiele, qui écrivait en 1998 dans Les silences de la muséologie scientifique ? : « L’avenir de la science et de la technologie dépend de la valeur que lui accorde la société ».

Ainsi, grâce au cinéma, la vulgarisation à grande échelle permet financièrement l’avancement de l’archéologie. Par la représentation erronée du scientifique, cette médiation offre aussi un potentiel narratif particulier. Ces héros, presque mythiques, sont finalement des biais par lesquels les spectateurs voyagent dans le temps.

Florent GOUVARD

Pour aller plus loin:

  • SCHALL Céline : Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication : La médiation de l’archéologie à la télévision : la construction d’une relation au passé(http://www.theses.fr/2010AVIG1085).
  • DONNAT Olivier. 1998. Les pratiques culturelles des français, enquête 1997. La documentation Française.
  • PESEZ Jean-Marie. 1997. L’archéologie ; mutations missions méthodes. Nathan (128).
  • SCHIELE Bernard 1998. Les silences de la muséologie scientifique ?, p. 353-378. In La Révolution de la muséologie des sciences : Vers les musées du XXIe siècle ? sous la direction de Bernard Schiele et Emelyn H. Koster, Lyon, Presses Universitaires de Lyon. Éditions MultiMondes.
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